22.07.09 09:25 Il y a: 1 yrs
Attention, forêt fragile (Sud ouest du 22/07/09)
Depuis une dizaine de jours, de grands panneaux blancs avec un gros point rouge au centre sont sortis de terre dans la commune de Pissos. Forêt sinistrée le 24 janvier 2009, danger d'incendies, accès interdit. Le moyen qu'a trouvé l'association locale de DFCI (Défense de la forêt contre l'incendie) d'informer tous les visiteurs de l'état important de fragilité dans lequel se trouve le massif forestier des Landes de Gascogne.
Il y a bientôt six mois, la violente tempête qui s'abattait sur toute la région détruisit de nombreuses habitations, entreprises et bâtiments divers, et abattait au sol environ 40 millions de mètres cubes de bois de pin maritime. Aujourd'hui, la carte urbaine a repris à peu près sa figure habituelle, mais la campagne est toujours dévastée. D'innombrables troncs d'arbres sont encore couchés au sol ou coupés à mi-hauteur, rendant très difficile l'accès à la forêt profonde. Ce qui, en cas d'incendie, peut provoquer des catastrophes.
« Il y a un mois et demi, dit Bernard Roumegoux, président de l'association de DFCI de Pissos, le feu s'est déclaré dans la forêt de pins à Sore. L'année dernière, il aurait suffi de quelques engins de sapeurs-pompiers pour le maîtriser, et à peine 2 hectares de pins auraient été perdus. Là, ce sont 20 hectares qui sont partis en fumée. »
Quelques jours plus tard, un départ de feu s'est produit à Meilhan et Campagne, zone très touchée par la tempête. Les pistes d'accès au coeur du massif étant impraticables, les 4 x 4 spécialement équipés pour lutter contre le feu n'ont pas pu aller traquer les flammes au coeur du foyer. Il a fallu se contenter d'entourer le périmètre touché, en attendant que les canadairs agissent. Résultat, plus de 200 hectares de forêt perdus.
Une forêt entretenue
En Aquitaine, la lutte contre le feu de forêt est basée sur le système DFCI. Chaque sylviculteur paie une taxe à l'hectare qui est ensuite utilisée par des associations locales (une par commune) pour entretenir le massif. Routes et pistes forestières, ponts, fossés, points d'eau sont régulièrement réparés et nettoyés afin de pouvoir laisser travailler les soldats du feu. Le tout est reporté sur des cartes géographiques renseignées par GPS, afin de guider plus facilement les sapeur-s-pompiers.
Mais quand les pistes sont défoncées, les ponts coupés, les fossés infranchissables, cela ne fonctionne plus. « Nous avions dégagé une grande partie des pistes de la commune, explique M. Roumegoux. Parce que, puisque tout le monde cotise, il n'y a pas de raison de nettoyer uniquement les grandes pistes d'accès, et pas les petites. Mais nous avons aussi voulu informer les visiteurs, les gens qui viennent ici en vacances et ne connaissent pas forcément le massif, des dangers qu'il court en cas de départ de feu. » L'accès aux bois étant seulement réservé aux sylviculteurs, aux personnes autorisées (exploitants sylvicoles, élus, responsables locaux).
L'association locale de DFCI a donc pris sur ses deniers pour fabriquer et faire poser ces dix panneaux de 2,60 m sur 2, visibles dans les deux sens, sur chacun des axes traversant Pissos. « Un jour, explique M. Roumegoux, en faisant du vélo, j'ai vu un conducteur d'une voiture, pourtant immatriculée 40, lancer un mégot allumé par la fenêtre alors qu'il circulait sous les pins. Je me suis dépêché d'aller écraser cette fumée, furieux contre ce type de comportement. Et après j'ai pensé, si les gens d'ici font cela, qu'est-ce que ce sera pendant la saison touristique ? »
Sensibiliser les visiteurs
Le but est de sensibiliser les touristes de passage, mais aussi tous ceux qui utilisent la forêt pour leurs loisirs de vacances : centres équestres, descente des rivières en canoë, parcours accrobranches... à qui le massif n'est pas interdit, mais qui peuvent le mettre en danger s'ils sont imprudents.
Pour l'instant, la démarche de Pissos est isolée, mais rien ne dit que d'autres associations de DFCI n'en fassent autant. « Je ne veux rien imposer à personne, explique Bernard Roumegoux, également président départemental DFCI. Mais pour ceux qui ont un peu d'argent dans leurs caisses, il me semble qu'il serait mieux utilisé ainsi, en prévention, au lieu d'attendre que le massif soit détruit. »
Rien ne dit qu'une telle démarche ne puisse être subventionnée. En 2002, la campagne d'affichage Nature fragile, avec des panneaux du même type au message plus général, avait pu être financée à hauteur de 70 % par des fonds communautaires et régionaux. Avant un été sec qui pourrait être dramatique pour l'ensemble du massif, il n'est peut-être pas encore trop tard pour agir.
Auteur : jean-louis hugon
jl.hugon@sudouest.com